4 mai 1969, la naissance du Siloïsme--

pressenza 05 Mai 2026

Il n’y a peut-être aucun « isme » plus pertinent pour le moment présent que le Siloïsme. À une époque marquée par l’aggravation des conflits mondiaux et l’incertitude existentielle, le Siloïsme offre non seulement une orientation pour la vie personnelle, mais aussi une perspective pour la transformation sociale et l’avenir de l’humanité. Ce qui apparaît comme une crise pourrait aussi être une ouverture, une chance de prendre une direction différente, loin de la violence et de la destruction.

« Regarde ce visage plein de souffrance… Mais rappelle-toi qu’il est nécessaire d’aller de l’avant, nécessaire d’apprendre à rire et nécessaire d’apprendre à aimer. »[1] – Silo

Le 4 mai 1969, à Punta de Vacas, dans la province de Mendoza, en Argentine, Silo prononça son premier discours public, intitulé La guérison de la souffrance. Sous une dictature militaire qui avait interdit les rassemblements publics dans les villes, les gens se rendirent dans ce lieu isolé des Andes pour l’écouter parler.

Silo (1938–2010), né Mario Rodríguez Cobos, était un penseur et écrivain argentin, fondateur d’un courant de pensée connu sous le nom de Siloïsme ou Humanisme Universaliste. Son œuvre est centrée sur le dépassement de la souffrance par la transformation intérieure, la nonviolence et le développement de la conscience humaine, tout en promouvant un changement social ancré dans la liberté et le sens.

Plus de cinq décennies plus tard, ses paroles résonnent avec une urgence renouvelée. Ce passage tiré de ce premier discours pourrait facilement décrire notre situation actuelle :

 « C’est uniquement par la foi intérieure et la méditation intérieure que tu peux en finir avec la violence en toi, chez les autres et dans le monde qui t’entoure. Les fausses solutions ne peuvent mettre un terme à la violence. Ce monde est sur le point d’exploser et il n’y a pas moyen de mettre un terme à la violence. … Il n’existe pas de politique capable de résoudre cette folle soif de violence. » [2]

Silo avait clairement perçu la profondeur de la crise à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés. Pourtant, s’il était encore en vie aujourd’hui, il serait peut-être aussi intrigué – voire stimulé – par l’effondrement en cours des anciens systèmes. Il avait prédit l’ »effondrement » du monde occidental, mais y voyait un moment d’instabilité susceptible de réveiller l’attention et d’ouvrir de nouvelles possibilités.

Il incarnait lui-même cette approche dynamique. Organisateur hors pair, il a créé et fait évoluer diverses formes d’action collective : des groupes de quartier, des publications et des partis politiques sous la bannière du Mouvement Humaniste, puis des communautés spirituelles plus fluides centrées sur le Message de Silo. Parallèlement, il a guidé le développement de plus de 50 Parcs d’Étude et de réflexion sur les cinq continents, des espaces dédiés à la transformation personnelle et sociale.

Silo accordait une attention particulière à l’énergie humaine : sa direction, son intensité et sa signification. Lorsqu’il parlait des élections, par exemple, il ne se concentrait pas uniquement sur les résultats politiques, mais sur la qualité de l’acte : s’il était accompli de manière mécanique ou avec une intention consciente. Pour lui, cette différence revêtait une importance capitale.

Une grande partie de son œuvre explore comment se connecter à cette énergie intérieure et la développer, comment l’orienter vers des états de conscience plus élevés ou plus profonds. Notre expérience de la vie en dépend grandement. Lorsque nous sommes inspirés ou amoureux, nous nous sentons épanouis, créatifs et capables. Lorsque nous ne sommes plus amoureux, cette énergie s’estompe et le monde peut nous paraître fermé et pesant. Depuis la perspective siloïste, notre réalité est façonnée par les images et l’énergie qui nous animent. « Aime la réalité que tu construis !», écrivait-il.

L’humanisme et la nonviolence de Silo ne sont pas des idées abstraites ; ils sont destinés à être vécus. Aujourd’hui, le Siloïsme revêt de nombreux visages. Le Forum humaniste mondial coordonne des actions à travers l’Asie, l’Afrique, l’Amérique du Sud et l’Europe. Pressenza, une agence de presse internationale, publie quotidiennement des actualités et des opinions en 12 langues. Le Parti Humaniste, Europe pour la Paix, le Centre Mondial d’Études Humanistes et Monde Sans Guerres et Sans Violence poursuivent tous ce travail à l’échelle mondiale, parallèlement à d’innombrables initiatives locales et rassemblements de base, ainsi qu’à de nombreuses études, recherches et monographies sur divers thèmes qui continuent d’être développées dans les Parcs d’Étude et de Réflexion.

Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui croient que l’argent et la technologie résoudront nos problèmes. Politiciens, ONG, entreprises et citoyens ordinaires passent la majeure partie de leur temps à chercher ou à gagner de l’argent ; pourtant, plus nous comptons exclusivement sur ces éléments, plus la crise semble s’aggraver, entraînant davantage d’instabilité, d’inégalités et de violence.

Il reste difficile pour beaucoup d’imaginer une autre voie, une voie qui donne à la vie une nouvelle direction et un sens différent.

Silo soulignait que la véritable transformation ne s’achète pas. Tout ce qui s’est développé au sein de ce mouvement – des idées jusqu’aux structures – s’est construit sur volontariat et le libre arbitre. Il comprenait non seulement l’attachement personnel à l’argent et au pouvoir, mais aussi comment ces dynamiques opèrent aux niveaux social et mondial. Il faisait la distinction entre la douleur, qui est physique et peut être atténuée par le progrès scientifique et social, et la souffrance, qui est mentale. La souffrance ne peut être résolue seulement par des moyens externes (médicaments, distractions ou consommation), ce qui est nécessaire est d’avoir un sens, une cohérence et une direction dans la vie de chacun.

Au cœur de sa vision se trouve une vérité simple mais profonde : les êtres humains sont intrinsèquement sociaux. Nous sommes constamment façonnés par notre environnement, tout comme nous le façonnons en retour. Cette relation dynamique comporte à la fois des responsabilités et des possibilités.

Pourtant, aujourd’hui, la fragmentation rend difficile la perception de cette interconnexion. La plupart des gens se concentre sur des problèmes isolés sans voir la situation dans son ensemble, ni ne reconnaît que des millions de personnes partagent des difficultés similaires. Silo cherchait l’universel dans l’expérience humaine : ce que tous les êtres humains, à travers les cultures et les époques, peuvent reconnaître en eux-mêmes.

La force – et le défi – du Siloïsme réside dans le fait qu’il s’agit d’une proposition globale. C’est à la fois une philosophie, un mode de vie, un chemin de développement personnel, un engagement en faveur du changement social et une quête spirituelle qui transcende l’existence individuelle.

Cinquante-sept ans après ce premier rassemblement dans les Andes, la question posée par Silo reste ouverte, et plus urgente que jamais.

Notes

[1]     Silo, Harangue sur la guérison de la souffrance, Punta de Vacas, Argentine, 4 mai 1969.

Première édition française dans Propos de Silo, Éditions Références, Paris, 1999.

Réédité dans Silo à ciel ouvert, même éditeur, 2007, puis dans Silo parle, même éditeur, 2013.

[2]     Ibidem.

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