Les instruments recommandés (pour assainir les finances publiques et relancer la croissance, NDLR) à propos desquels il n’y a guère de doute et pour lesquels il existe une marge pour prendre des mesures sont les suivants : une diminution des dépenses de pension et des subventions et une réduction des allocations de chômage.  » L’auteur de ces quelques lignes « détonantes » ? La Banque nationale de Belgique (BNB). L’étude qu’elle vient de publier sur son site Internet vise à cerner l’effet à court et long termes des différentes mesures à prendre pour assainir nos finances publiques.

Ça tombe bien : la BNB a annoncé la semaine dernière que la prochaine législature ne serait pas une partie de plaisir : 14 milliards d’euros devront être trouvés en 2017 pour atteindre les objectifs dictés par la Commission européenne en matière de réduction des déficits et de trajectoire budgétaire. Certes, l’institution reconnaît que des mesures ont été prises – pas loin de 25 milliards d’euros tout de même de réductions des dépenses sous la législature Di Rupo – mais que «  l’assainissement des finances publiques doit être poursuivi  ».

Dans les faits, entre le début des années 2000 et 2013, la part des dépenses publiques dans le Produit intérieur brut (PIB) est en effet passée de 42,5 à 51,3 %. La principale mesure à prendre par le prochain gouvernement devrait donc être une réduction des dépenses de pensions, lesquelles, note la BNB, sont parmi les plus élevées des Etats-membres de l’Union européenne. «  Ce n’est pas étonnant, glisse Geert Noels, économiste (Econopolis). Hasard ou pas du calendrier, mais je constate que depuis la fin des élections, on voit resurgir quelques cadavres des placards. En Belgique, il ne faut pas se voiler la face, il y a eu ces dernières années un dérapage des dépenses de pensions, notamment dues à des grandes différences entre les pensions du public d’une part, et d’autre part, celles du privé, et encore plus des indépendants. La question est simple : combien de temps la Belgique va-t-elle pouvoir supporter ce handicap des pensions publiques qui, par ricochet, coûte de l’emploi à des très nombreuses personnes et, plus globalement, à notre modèle de solidarité ?  »

Eric Dor, professeur belge d’économie à l’Université de Lille (Ieseg), est du même avis – «  Le problème de soutenabilité de nos pensions est réel !  » – mais nuance l’étude de la BNB. «  L’étude réfère à une étude plus large de l’OCDE sur le sujet. Un auteur de la Banque nationale est du reste commun aux deux études. Bref, cette dernière postule que la baisse des dépenses de pension va inciter les gens à travailler plus longtemps ou à travailler après la pension, ce qui va doper l’activité économique et l’emploi… C’est fort bien mais le problème n’est-il pas, en Belgique, que les seniors ne trouvent justement pas de place sur le marché du travail ? Le raisonnement est théoriquement juste mais dans les faits, ce serait plutôt d’une réforme du marché du travail dont on aurait besoin pour favoriser l’accès à l’emploi des personnes plus âgées. Sans cela, les effets bénéfiques attendus par la BNB seront réduits à néant.  »

Arbitrages à réaliser

En attendant, la BNB n’en démord pas et écrit : «  la dégradation des finances publiques résultant de la crise et les coûts croissants rendent la poursuite de la consolidation budgétaire indispensable.  » Dans le catalogue de mesures à privilégier pour ses effets bénéfiques à long terme, la BNB pointe en deuxième position la baisse des subventions. «  C’est vrai qu’elles ont augmenté en flèche ces dernières années (+1,4 % du PIB entre 2000 et 2013, NDLR). Là aussi, personne ne veut aborder la question – politiquement parlant, c’est suicidaire –, mais il faudra un jour réaliser des arbitrages douloureux dans nos dépenses sociales et de subventionnement : l’assiette est trop large et nuit autant à la solidarité qu’à la soutenabilité de notre modèle  », conclut Geert Noels.