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Sommes-nous à l’orée d’un possible « réveil » de l’être humain ?

Juana Pérez Montero depuis Pressenza March 25, 2020

Juana Pérez Montero depuis PressenzaUne porte vient de s’ouvrir et ça vaut la peine de travailler pour un nouvel élan à l’humanisation du monde. Si, dans ce confinement imposé, nous pouvons faire silence, peut-être avancerons-nous vers l’éveil de l’être humain, vers l’arrivée du Lion ailé.

Aujourd’hui, les grandes peurs qui ont accompagné l’être humain tout au long de son existence deviennent évidentes : la peur de la solitude, de la vieillesse, de la maladie et de la mort ; ces peurs qui ont mû en grande partie notre action compensatoire dans le monde.
En raison des circonstances exceptionnelles que nous vivons, ces peurs ont cessé d’agir dans les coprésences individuelle et collective pour se rendre présentes. Un virus fait que nous nous isolons physiquement et la solitude psychologique s’accroît dans une tentative d’éviter la contagion et, par conséquent, la maladie et la mort. Pourquoi parler de la peur de la vieillesse quand on voit que les personnes âgées sont précisément le groupe le plus vulnérable dans cette crise planétaire qui ne fait que commencer. Une solitude accrue par l’individualisme sauvage qui a structuré nos relations et qui fait aujourd’hui des ravages.

Dans cet isolement forcé, certains chemins s’ouvrent à nous : celui du désespoir et du manque de foi en nous-mêmes et dans le futur, celui de la tension, de la violence, du non-sens, de la contradiction et de la folie (dont les manifestations sont déjà visibles sous forme d’une plus grande pauvreté, d’un déséquilibre psychologique et social…), celle de la fuite – pour autant que nous puissions la maintenir et nous y autoriser – sous forme d’occupation du temps par des jeux, la télévision… ou la possibilité de réviser depuis une autre perspective le moment actuel et les priorités qui nous ont amenés là.

Peut-être pouvons-nous reconnaître que l’argent, le pouvoir et le prestige – les valeurs qui ont animé cette dernière étape de l’humanité – ne nous isolent pas d’un virus qui s’est introduit dans nos vies presque sans que nous nous en rendions compte.
Et peut-être que dans ce « être seul avec soi-même », à moment donné, nous nous interrogerons sur le monde dans lequel nous vivons, sur ce que nous faisons dans ce monde, sur ce qui se passe après la mort… sur le sens de tout ce qui existe.

Il se peut que,  en tant qu’humanité, nous devions passer par tout un processus, qui passe par vivre le désastre psychosocial qui subsistera lorsque la crise sanitaire sera passée – et que nous commencerons à observer –, que nous continuions à ressentir un grand échec, l’échec de cette culture qui nous conduit à la destruction et à la mort – non seulement du corps mais aussi de l’esprit… Et ce sera peut-être alors, quand seul le silence extérieur et intérieur pourront se manifester, que s’ouvrira la possibilité d’un certain type d’expériences transcendantes.
Il est possible que nous soyons avant la chute d’une étape en tant qu’humanité et dans cette chute nous pouvons voir ce paysage de formation [1] qui nous a ému au cours des derniers milliers d’années. Il est possible que dans cette solitude, la conscience individuelle et collective s’observe et ose regarder ces peurs.
Nous serions alors confrontés à la possibilité de sortir d’une répétition non choisie de la souffrance, et de commencer à parcourir les énormes avenues de la liberté, de la libération de la douleur et de la souffrance.

Pour cela, nous devons – dans cette solitude imposée et troublée – nous arrêter, accepter ce moment, ne pas nous y opposer et rechercher la racine du problème social et personnel que nous vivons et qui est le même pour tous. Il est fondamental que dans cette adversité, nous allions un peu plus loin en nous-mêmes, que nous nous calmions, que nous soyons attentifs et que nous observions sans culpabilité le mode de vie qui nous a amenés jusqu’ici.

Et si beaucoup d’entre nous s’orientent par là, il est possible que nous puissions observer l’illusion de nos peurs et qu’une clameur individuelle et collective se fasse entendre, une clameur sous la forme d’une véritable demande pour reprendre le sens le plus profond de notre existence, pour avoir une foi profonde en nous-mêmes et dans le processus humain, de faire l’expérience que la mort n’arrête pas le futur, d’arrêter la souffrance…

Alors, peut-être, pourrons-nous vivre tout cela et comprendre que nous avons besoin et pouvons reconstruire le tissu social, le Nous, et nous donner joyeusement à l’humanisation de ce monde « en traitant les autres comme nous voulons être traités » [2] …Une demande qui annonce l’arrivée du Lion ailé. [3]


Juana Pérez Montero depuis Pressenza


Notes

[1] Voir Livre Autolibération. Paysage de formation, p.245. Luis A. Ammann. 

[2] Cette phrase fait référence au principe universel, à la base de tout humanisme, que Silo a précisé dans son livre Le Regard Intérieur. Ce principe se trouve dans Le Message de Silo (2002) : « Lorsque tu traites les autres comme tu veux qu’ils te traitent, tu te libères ».

[3] Voir Livre Le jour du lion ailé, Silo. Voir texte Le jour du lion ailé.

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